
(Source: King & Wood Mallesons Research Institute)
Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (ci-après dénommé "Comité de Bâle") a récemment publié officiellement le "Cadre pour la divulgation volontaire des risques financiers liés au climat" (ci-après dénommé "Cadre de divulgation des risques climatiques"). Suite à des consultations approfondies avec les parties prenantes mondiales, le Cadre est passé des exigences de divulgation obligatoire envisagées dans le projet de 2023 à des normes de divulgation volontaire. Ce changement fondamental reflète les multiples défis auxquels sont confrontés les régulateurs mondiaux et le secteur bancaire pour résoudre les problèmes ESG : forces géopolitiques, réalités économiques et difficultés pratiques.
01 La nature et les dimensions des risques financiers liés au climat
Les risques financiers liés au climat désignent les pertes financières potentielles auxquelles les banques sont confrontées en raison des risques physiques ou de transition résultant du changement climatique. Ces risques se manifestent dans plusieurs dimensions :
Les risques physiques découlent principalement des événements météorologiques extrêmes et des catastrophes naturelles liées au changement climatique. Les changements physiques tels que les inondations, les sécheresses et l'élévation du niveau de la mer peuvent détruire des biens, perturber les chaînes d'approvisionnement et causer des pertes importantes aux banques et à leurs clients. Par exemple, les ouragans peuvent détruire des propriétés résidentielles et commerciales utilisées comme garantie pour les prêts bancaires, tandis que les incendies de forêt peuvent affecter les actifs agricoles et forestiers.
Les risques de transition proviennent des changements sociétaux, des ajustements politiques et des tendances du marché associés à la transition vers une économie à faible émission de carbone. Ces changements peuvent avoir un impact négatif sur les évaluations des investissements. Ceux-ci incluent les nouvelles politiques gouvernementales (telles que les taxes carbone ou les limites d'émissions), l'innovation technologique (telle que le développement rapide des énergies renouvelables) et l'évolution des préférences des consommateurs (telles que la baisse de la demande pour les combustibles fossiles). Ces facteurs peuvent entraîner une dépréciation, voire une obsolescence, de certains actifs ou modèles commerciaux, ce qui engendre des pertes pour les banques fortement exposées à ces secteurs.
En outre, lorsque ces risques physiques ou de transition affectent les expositions des banques par des canaux micro et macroéconomiques, ils peuvent créer des risques de concentration (par exemple, si une sécheresse dans une région entraîne le défaut de tous les prêts agricoles). En raison de la nature hautement interconnectée du secteur bancaire, les pertes dans un secteur ou une région peuvent se propager rapidement, compromettant la stabilité de l'ensemble du système financier.
02 L'évolution du cadre prudentiel réglementaire de Bâle
En tant qu'organisme mondial établissant les normes de capital et de prudence bancaires, le Comité de Bâle s'est engagé à élaborer des principes pour gérer les risques financiers liés au climat. Le travail actuel du Comité se concentre sur l'évaluation de la mesure dans laquelle le cadre prudentiel réglementaire existant de Bâle couvre les risques climatiques, l'identification des lacunes réglementaires existantes et l'exploration des réponses appropriées.
En juin 2022, le Comité de Bâle a publié 18 principes pour la gestion et la supervision des risques climatiques afin de fournir des directives complètes aux banques et à leurs superviseurs. Ces principes ne se concentrent pas uniquement sur l'adéquation des fonds propres, mais établissent également un système complet de gestion des risques englobant la gouvernance d'entreprise, les contrôles internes, la liquidité et l'adéquation des fonds propres, la gestion des risques, la surveillance et les rapports, et l'analyse de scénarios.
Le cadre de Bâle s'inspire de l'expérience d'organisations internationales telles que le Groupe de travail sur les divulgations financières liées au climat (TCFD) et collabore avec des organisations telles que l'International Sustainability Standards Board (ISSB), le Network for Greening the Finance (NGFS) et l'Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l'environnement pour promouvoir le développement et l'amélioration des normes mondiales de gestion des risques climatiques.
03 Synergie entre les trois piliers du cadre prudentiel réglementaire de Bâle
Dans le cadre du cadre prudentiel réglementaire de Bâle, la gouvernance des risques climatiques nécessite la coordination précise de trois piliers : le Pilier 1 établit les exigences réglementaires prudentielles, y compris les exigences minimales en capital et en liquidité ; le Pilier 2 se concentre sur le processus d'examen par les superviseurs, y compris l'évaluation du processus d'évaluation interne de l'adéquation des fonds propres (ICAAP) d'une banque et d'autres processus clés de gestion des risques ; et le Pilier 3 met l'accent sur le renforcement de la discipline de marché par la divulgation, obligeant les banques à divulguer leur profil de risque, leur situation en matière de capital et de liquidité, et leurs pratiques de gestion des risques.
Après la crise financière mondiale de 2008, il est de plus en plus reconnu qu'un manque de transparence et une faible discipline de marché peuvent exacerber le risque systémique. Par conséquent, le Pilier 3 est considéré comme un élément clé du maintien de la stabilité du système financier. Ses exigences de divulgation visent principalement à permettre aux participants du marché, y compris les investisseurs, les créanciers et les clients, d'évaluer avec précision le profil de risque d'une banque et de prendre des décisions éclairées en conséquence. En renforçant la transparence, le Pilier 3 renforce non seulement la discipline de marché, mais rend également les comparaisons entre banques plus significatives. Un mécanisme de divulgation robuste facilite une tarification appropriée du risque et encourage les banques à gérer prudemment leurs expositions au risque. Appliqué aux risques climatiques, les normes de divulgation du Pilier 3 peuvent révéler des vulnérabilités potentielles résultant d'une mauvaise gestion.
04 Processus de développement du cadre de divulgation des risques climatiques
Le cadre de divulgation des risques climatiques de Bâle se concentre sur les divulgations qualitatives et quantitatives des banques concernant les risques financiers liés au climat. L'élaboration de ce cadre remonte à novembre 2023, lorsque le Comité de Bâle a publié un document de consultation explorant comment les normes de divulgation obligatoire du Pilier 3 pourraient améliorer la transparence concernant les risques financiers liés au climat et ainsi sauvegarder la stabilité financière.
Le document de consultation exige des banques qu'elles divulguent deux types d'informations :
Informations qualitatives : y compris les structures de gouvernance, les procédures de contrôle et de surveillance, et les stratégies pour faire face aux risques financiers importants liés au climat ;
Données quantitatives : telles que la valeur totale des actifs classés par efficacité énergétique des garanties et l'intensité des émissions de financement par unité de production. Ces divulgations aideront les participants du marché, les régulateurs et d'autres parties à mieux comprendre et évaluer les expositions au risque des banques, permettant des comparaisons équitables et des prises de décision éclairées.
Lors du processus de consultation, le Comité de Bâle a reçu des retours approfondis de la part du secteur bancaire, des régulateurs et du secteur public. Compte tenu de la complexité et de l'état actuel de l'évaluation des risques climatiques, en particulier les défis en matière de précision, de cohérence et de qualité des données, certaines parties prenantes ont souligné que la qualité inégale des données climatiques actuelles, les méthodologies d'évaluation immatures et les techniques d'analyse de scénarios naissantes posent des défis pour une divulgation quantitative fiable. De plus, les différences de capacité et de préparation entre les juridictions suscitent des inquiétudes quant à des normes de mise en œuvre incohérentes.
Après une délibération approfondie, le Comité de Bâle a finalement décidé d'adopter un cadre de divulgation des risques climatiques volontaire, permettant aux juridictions de choisir de l'adopter ou non en fonction de leurs propres circonstances.
05 Les motivations sous-jacentes derrière les changements apportés au cadre de divulgation des risques climatiques
La décision du Comité de Bâle de passer d'exigences de divulgation obligatoire à un cadre de divulgation des risques climatiques volontaire reflète les réalités politiques et économiques complexes de la gouvernance climatique mondiale.
Le facteur le plus direct influençant cette décision est l'évolution du paysage politique aux États-Unis. Avec l'annonce du retrait de l'administration Trump de l'Accord de Paris, la Réserve fédérale s'est également retirée du Network for Greening the Financial System (NGFS). Les États-Unis, la plus grande économie mondiale, oscillent sur la politique climatique, rendant la création d'une norme de divulgation obligatoire unifiée au niveau mondial irréaliste.
Plus fondamentalement, cet ajustement reflète une approche pragmatique de l'élaboration de normes internationales. Compte tenu des différences significatives dans les étapes de développement économique, les structures industrielles et les capacités technologiques entre les pays, des exigences obligatoires trop précoces pourraient entraîner un arbitrage réglementaire ou une conformité formelle. Bien que le cadre volontaire ait des normes moins strictes, il offre une marge d'amélioration progressive pour les pays à différents niveaux de développement. Cela maintient l'applicabilité mondiale du cadre de divulgation des risques climatiques tout en réservant un espace politique pour les futures mises à niveau des normes.
06 Ajustements spécifiques et controverses concernant le contenu du cadre de divulgation des risques climatiques
En plus de changer sa nature globale de obligatoire à volontaire, la version finale du cadre de divulgation des risques climatiques de Bâle comprend également des révisions significatives de plusieurs clauses spécifiques :
En termes de principes de divulgation, la référence dans le projet initial à "sans égard à l'évaluation de la matérialité" a été révisée en "divulgation dans des circonstances matérielles". Cet ajustement vise à s'aligner sur le principe traditionnel de matérialité du Pilier 3 de Bâle, mais il a également suscité une nouvelle controverse : étant donné que les banques peuvent avoir des critères très différents pour déterminer la "matérialité", la comparabilité des informations divulguées a diminué. Cette divergence affectera les comparaisons horizontales entre les participants du marché.
En termes de contenu de divulgation, le cadre de divulgation des risques climatiques déplace son accent des "projections d'impact climatique" vers les "objectifs de réduction des émissions". Ce changement reconnaît l'incertitude actuelle de la modélisation climatique et exige plutôt que les banques publient des engagements spécifiques et vérifiables en matière de réduction des émissions. Bien que cette approche axée sur les objectifs soit plus actionable, les critiques soulignent que l'absence de règles unifiées pour établir des références peut conduire les banques à divulguer sélectivement les objectifs les plus faciles à atteindre.
La controverse la plus importante concerne la suppression de l'exigence de divulgation des "émissions facilitées" (du modèle original CRFR5). Bien que ces émissions ne découlent pas directement des opérations propres des banques, elles fournissent un soutien critique aux projets à forte intensité carbone à travers des services tels que la souscription d'émissions d'obligations et les conseils en fusions et acquisitions. Les groupes environnementaux soulignent que les émissions facilitées de certaines grandes banques d'investissement peuvent être des centaines de fois supérieures à leurs émissions opérationnelles, et omettre ces données sous-estimerait considérablement l'impact climatique réel des banques. Cependant, d'autres soutiennent qu'en l'absence d'une méthode de mesure reconnue, une divulgation obligatoire pourrait entraîner une perte de contrôle sur la qualité des données.
Pour équilibrer cela, le cadre de divulgation des risques climatiques renforce les exigences de divulgation qualitative des processus de gouvernance (formulaires CRFRA). Les banques sont tenues de détailler comment elles intègrent les risques climatiques dans leurs systèmes complets de gestion des risques, y compris les mécanismes de surveillance du conseil d'administration, les stratégies de profil de risque, les méthodes d'analyse de scénarios et les mécanismes d'incitation. Cette approche axée sur "le processus plutôt que sur les résultats" vise à promouvoir une intégration substantielle de la gestion des risques climatiques, plutôt qu'une conformité superficielle.
07 Perspectives à long terme pour la mise en œuvre du cadre de divulgation des risques climatiques de Bâle
La publication du cadre de divulgation des risques climatiques de Bâle marque une nouvelle phase dans la gestion des risques climatiques dans le secteur bancaire mondial. Sa mise en œuvre est susceptible d'avoir plusieurs impacts :
Du côté positif, le cadre de divulgation des risques climatiques établit la première référence mondiale acceptée pour la divulgation des risques climatiques, fournissant aux participants du marché un outil d'analyse fondamental. En encourageant les banques leaders à divulguer de manière proactive, il stimulera l'amélioration des normes dans l'ensemble du secteur. La portée de la divulgation et la conception des indicateurs établis par le cadre fournissent également des références importantes pour les régulateurs du monde entier dans l'élaboration de règles localisées.
Cependant, les défis sont tout aussi évidents : sa nature volontaire peut conduire à une qualité de divulgation inégale, certaines banques divulguant sélectivement des informations favorables. Les différences dans les taux d'adoption régionaux pourraient exacerber l'arbitrage réglementaire transfrontalier. Garantir la fiabilité des données divulguées restera un défi persistant, en particulier en l'absence de normes d'audit unifiées.
Dans une perspective plus large, l'affaiblissement du cadre de divulgation des risques climatiques reflète les difficultés plus profondes de la coordination internationale dans le domaine ESG. Lorsque les principales économies font face à des différences fondamentales sur la politique climatique, toute tentative d'établir une norme mondiale unifiée impliquera inévitablement des compromis. Bien que cet ajustement réaliste réduise l'ambition du cadre à court terme, il pourrait aider à maintenir une coopération réglementaire internationale soutenue.
Malgré ces défis, le cadre de divulgation des risques climatiques de Bâle reste une étape importante vers une meilleure divulgation des risques financiers liés au climat. Il vise à promouvoir une plus grande transparence et une discipline de marché, encourageant les banques à intégrer les considérations climatiques dans leurs processus décisionnels clés. Bien que loin d'être une solution définitive, il s'agit d'une étape importante vers un système bancaire mondial plus résilient et durable.
Domaines de pratique : Banque et financement, produits structurés et dérivés, marchés de capitaux d'emprunt, réglementation financière et fintech
Mme Fei possède quinze ans d'expérience dans les actifs numériques, la finance structurée, les produits dérivés financiers, les prêts syndiqués, les marchés de capitaux, la titrisation d'actifs et la réglementation financière. Elle conseille régulièrement des institutions financières majeures et des clients corporatifs sur des projets innovants de tokenisation RWA, des transactions de financement structuré, des transactions transfrontalières sur produits dérivés, des arrangements de compensation et de garantie d'exécution, des prêts syndiqués, des instruments de capital réglementaire Bâle III, des transactions de financement de titres et la réglementation financière. Elle est titulaire d'un LLM de la Harvard Law School et d'un BA et MA de l'Université de Cambridge. Mme Fei enseigne le droit bancaire à la Faculté de droit de l'Université de Hong Kong. Ses langues de travail sont le chinois et l'anglais.
Nous tenons à remercier Li Nuoxi pour ses contributions à cet article.
Articles connexes

Avec plus de 100 avocats agréés, l'entreprise se consacre à fournir des services juridiques professionnels aux clients du monde entier.
Nous respectons votre confidentialité et toutes les informations sont protégées.